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samedi 10 février 2007, 18h21
CONAKRY (AFP) - Au moins neuf personnes, dont un militaire, ont été tuées samedi au cours de violences en Guinée, où l'opposition affirme qu'il s'agit d'une "insurrection qui ne peut se terminer que par le départ de Lansana Conté", le chef de l'Etat au pouvoir depuis 23 ans. Cette nouvelle explosion de violences fait suite à la nomination vendredi d'un proche du président, le ministre Eugène Camara, au poste de Premier ministre. L'opposition et les syndicats l'ont rejeté et demandé sa démission en raison de sa trop grande proximité avec le chef de l'Etat.
Dans la banlieue de Conakry, des barrages de manifestants ont bloqué les principaux axes. A l'intérieur de ce pays pauvre d'Afrique de l'ouest, premier exportateur mondial de bauxite, des jeunes manifestants ont saccagé, pillé et parfois incendié des bâtiments publics de nombreuses villes. Trois jeunes qui faisaient partie de groupes ayant érigé des barricades dans la banlieue de la capitale ont été tués par les forces de l'ordre à Bonfi et Matam, selon des témoignages. A Kankan (600 km à l'est de Conakry), un militaire a tiré sur des manifestants, tuant trois personnes, avant d'être lynché par la foule. Son corps a été brûlé. Il s'agit du premier militaire tué depuis le début des violences en janvier. A Faranah (centre), un manifestant et un prisonnier ont été tués par les forces de l'ordre, selon les témoignages recueillis par l'AFP. A Conakry, une résidence privée du président bissau-guinéen Joao Bernardo Vieira, proche depuis de longues années du président Conté, a été saccagée, selon des témoins. Dans la capitale, un correspondant de l'AFP a vu dans plusieurs quartiers de la commune de Ratoma -Simbaya, Hamdallaye et Bambéto- des barricades faites de tables renversées et de troncs d'arbres sur les routes principales, des pneus enflammés ainsi que des jeunes en train de jeter des pierres. "Le président Conté se fout de nous. On va le faire partir maintenant", a déclaré un des jeunes manifestants à l'AFP. "Conté n'a pas répondu à l'attente de la population, la nomination de ce Premier ministre est une provocation", a renchéri un autre jeune. "Camara n'est pas l'homme de la situation. C'est un béni-oui-oui. Il va tout offrir à Lansana Conté. C'est un élève et son maître", a ajouté un autre jeune. Dans ce climat très tendu, les syndicats ont une nouvelle fois haussé le ton. "Pour que la Guinée soit sauvée de ce qui se passe, pour ne pas qu'on l'utilise à d'autres fins, les syndicalistes demandent la démission pure et simple du nouveau Premier ministre pour le bien de la Guinée", a déclaré à l'AFP le porte-parole des syndicalistes, Alpha Barry. "La grève (générale) reste maintenue" à lundi, a-t-il ajouté. "Plus qu'une grève, il s'agit d'une insurrection qui ne peut se terminer que par le départ de Lansana Conté. Il refuse de voir la réalité en face", a pour sa part estimé Mamadou Bâ, porte-parole d'un groupe de 14 partis d'opposition. "Le peuple a décidé de l'aider dans son entêtement. On va lui montrer une porte de sortie", a-t-il conclu. La nomination d'un Premier ministre de consensus et aux pouvoirs élargis fait suite à un accord signé fin janvier entre les syndicats et la présidence pour mettre fin à une grève générale de 18 jours qui s'était soldée par la mort d'au moins 59 manifestants.
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